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Message par Arc-en-gel le Ven 25 Aoû - 17:34

Lettre d'Étienne de Blois à sa femme, Adèle de Normandie, sur le siège d'Antioche
Étienne, comte, à sa très douce et très aimable épouse Adèle, à ses très chers enfants; et à tous ses fidèles grands et petits, salut et bénédiction. Crois bien, ma très chère, que cet envoyé que je t'ai adressé, m'a laissé devant Antioche sain et bien portant, et grâce à Dieu rempli de toutes sortes de prospérités. Déjà, depuis vingt-trois semaines, nous occupions, avec toute l'armée du Christ, le poste que nous avait assigné le Seigneur Jésus dont la vertu nous pénétrait. Tiens pour certain, ma chère, que je possède maintenant de l'or, de l'argent, et beaucoup d'autres choses précieuses, en quantité double de ce dont ta tendresse me savait possesseur le jour où je t'ai quittée. Car tous les princes m'ont établi jusqu'à nouvel ordre, malgré la résistance que j'ai opposée, leur Seigneur dans le Conseil général de l'armée, le directeur et l'administrateur de toutes les affaires. Vous n'avez pas manqué d'apprendre qu'après la prise de la ville de Nicée, nous avons eu une grande bataille à soutenir contre les Turcs perfides, et qu'à l'aide de Dieu nous les avons vaincus. Après quoi, nous avons conquis au Seigneur toute la Romanie et la Cappadoce. Ayant appris qu'un prince turc nommé Assâm régnait dans la Cappadoce, nous nous sommes dirigés de son côté. Nous avons emporté de vive force toutes ses places fortes, et l'avons forcé de se renfermer dans un château puissamment fortifié qu'il possédait au sommet d'une roche élevée. Nous avons donné la terre de cet Assâm à l'un de nos princes, et nous l'avons laissé en ce lieu avec un certain nombre de soldats du Christ, pour qu'il eût à guerroyer contre ce même Assâm. Ensuite nous avons mis en fuite jusqu'au grand fleuve de l'Euphrate, à travers l'Arménie, ces abominables Turcs qui ne cessaient de nous inquiéter. Arrivés sur les rives du fleuve, ils le franchirent en abandonnant leurs bagages et leurs bêtes de somme, et s'enfuirent en Arabie. Cependant les plus audacieux d'entre les Turcs, pénétrant dans la Syrie, au moyen d'une marche forcée de jour et de nuit, s'efforcèrent de se porter au-devant de la ville royale d'Antioche, dans le dessein de s'y introduire avant notre arrivée. Mais, en apprenant cette nouvelle, l'armée rendit d'unanimes actions de grâces au Seigneur tout-puissant. Nous nous hâtâmes, dans les transports de notre joie, de nous porter au-devant de la susdite ville d'Antioche, et de la mettre en état de siège. Nous eûmes sur ce point de nombreuses rencontres avec les Turcs. Animés du plus intrépide courage, et le Christ marchant à notre tête, nous avons eu sept combats à soutenir contre les habitants d'Antioche et contre les innombrables auxiliaires qui leur arrivaient, et à la rencontre desquels nous nous portions. Dans ces sept engagements nous les avons vaincus avec l'aide de Dieu, et nous avons tué un nombre infini d'ennemis. Dans ces combats, comme dans les assauts multipliés que nous avons donnés à la ville, beaucoup de Chrétiens, nos frères, sont morts, et leurs âmes ont été, sans nul doute, admises aux triomphes du Paradis.

Nous avons reconnu que la grande ville d'Antioche était forte au-delà de toute expression et inexpugnable. Plus de cinq mille soldats turcs déterminés s'étaient renfermés dans la ville, sans parler des Sarrasins et des Publicains, Arabes, Turcopoles, Syriens, Arméniens et autres nations diverses, qui s'y étaient aussi donné rendez-vous en nombre infini. Pour combattre ces ennemis de Dieu et les nôtres, nous avons, jusqu'à ce jour, par la grâce de Dieu, supporté de grandes fatigues et des maux innombrables. Plusieurs déjà, dans ce saint martyre, ont consommé tout ce qu'ils possédaient. Plusieurs de nos Français auraient trouvé la mort dans les horreurs de la faim, si la clémence divine et notre propre bourse ne fussent venues à leur secours. Pendant tout l'hiver, nous avons souffert pour l'amour du Christ, au-devant de la ville d'Antioche, les froids les plus rigoureux et les pluies les plus excessives. On dit que, dans toute l'étendue de la Syrie, on peut à peine supporter les ardeurs du soleil. Cela est faux, car leur hiver est semblable à nos hivers de l'Occident. Lorsque Caspien, émir, c'est-à-dire prince et souverain d'Antioche, se vit à la veille de succomber sous nos efforts, il envoya son fils nommé Sensadolo, au prince qui commande à Jérusalem, à Rodoam prince d'Alep, et à Docap prince de Damas. Il l'envoya aussi en Arabie auprès de Bolianuth, et dans le Chorassan auprès d'Hamelnuth. Ces cinq émirs ne tardèrent pas de se porter au secours des habitants d'Antioche, avec une troupe d'élite de douze mille Turcs. De notre côté, ignorant ce qui se passait, nous avions disséminé un grand nombre de nos soldats dans les diverses villes et places fortes. Nous possédons en effet dans la Syrie cent soixante-cinq villes et châteaux. Mais un peu avant qu'ils n'arrivassent devant la ville, nous nous portâmes au-devant d'eux par une marche de trois lieues, avec sept cents chevaliers, dans une plaine située près du pont de fer. Or Dieu combattit contre eux en notre faveur, nous qui nous sommes ses Fidèles; car ce jour-là, par la vertu de Dieu, nous les vainquîmes dans une bataille, et en fîmes un grand carnage, Dieu n'ayant cessé de combattre pour nous. Nous rapportâmes même plus de deux cents têtes dans le camp, afin de réjouir les regards des Chrétiens. Cependant l'Empereur de Babylone (le Caire) nous envoya ses députés sarrasins porteurs de ses lettres, et fit, par leur intermédiaire, un pacte d'amitié avec nous.

Je désire t'apprendre, ma très chère, ce qui nous arriva pendant le temps du carême. Nos princes avaient décidé d'élever une forteresse devant une certaine porte qui était située entre notre camp et la mer; car les Turcs, sortant journellement par cette porte, massacraient les nôtres lorsqu'ils se rendaient du côté de la marine. Or la ville d'Antioche est située à cinq lieues de la mer. C'est pourquoi on envoya un jour vers le port le brave Boémond et le comte Raymond de Saint-Gilles, avec mille soixante cavaliers seulement (1) pour en ramener des matelots à l'effet d'aider à la construction projetée. À leur retour, nos deux princes et les matelots qu'ils escortaient furent attaqués au moment où ils s'y attendaient le moins, par une division turque qui leur fit courir un grand danger et les mit en fuite. Dans cette fuite précipitée, plus de cinq cents de nos hommes de pied perdirent la vie pour la gloire de Dieu. Quant à nos chevaliers, dans l'ignorance de leur infortune, nous nous portâmes au-devant d'eux sans autre motif que de faire à des frères une joyeuse réception. Mais comme nous approchions de la porte de la ville dont nous venons de parler, une foule de cavaliers et d'hommes de pied sortis d'Antioche, fiers du triomphe de leurs armes, se précipitèrent également sur nous. Ce que voyant, les nôtres envoyèrent un avis au camp des Chrétiens, pour que toute l'armée se mit en mesure de nous suivre afin de soutenir le combat. Pendant que les nôtres se réunissaient, les deux princes qui s'étaient séparés de l'armée, à savoir: Boémond et Raymond, arrivèrent avec les débris de leur troupe, et racontèrent le grand malheur qui venait de leur arriver. À cette terrible nouvelle, nos soldats enflammés de colère s'élancèrent sur les Turcs sacrilèges, prêts à mourir pour le Christ à raison du désastre arrivé à leurs frères. Les ennemis de Dieu et les nôtres, prenant aussitôt la fuite, essayèrent de rentrer dans leur ville. Mais grâce à Dieu la chose se passa bien autrement qu'ils ne pensaient. Car lorsqu'il voulurent traverser le grand pont construit sur le fleuve, nous nous mîmes à leur poursuite, et en tuâmes un grand nombre avant qu'ils arrivassent au pont. Nous en poussâmes beaucoup d'autres dans le fleuve où ils trouvèrent tous la mort. D'autres en grand nombre furent tués sur le pont ou même auprès de la porte donnant entrée dans la ville. Je te dis en vérité, ma chère, et tu peux croire à la véracité de mes paroles que, dans cet engagement, nous avons tué trente émirs ou princes, et trois cents cavaliers turcs de noble condition, sans parler des autres Turcs et Païens. Il a été constaté que les Turcs et les Sarrasins ont eu douze cent trente morts. De notre côté, nous n'avons pas perdu un seul homme.

Pendant que mon chapelain Alexandre vous écrivait à la hâte ces lettres le lendemain de Pâques, un détachement des nôtres placé en embuscade et ayant le Seigneur à sa tête, a combattu et mis en déroute les Turcs, et leur a tué soixante cavaliers, dont ils ont apporté les têtes dans le camp.

Ce que je t'écris, ma très chère, est peu de choses en comparaison des autres événements. Et comme je ne puis t'exprimer tout ce que j'ai dans l'âme, je me borne à t'engager à bien te porter et à soigner ton mal de jambe (2), et enfin à traiter convenablement, ainsi qu'il te convient, tes enfants et tes hommes de tes domaines, parce que tu me verras certainement le plus tôt qu'il me sera possible. Adieu.


(1) Le texte fut altéré "Cum LX tantum militum milibus, miserunt", le vrai chiffre serait non 60 000 mais 60 cavaliers.
(2) L'auteur affirmait qu'il ne savait pas s'il avait fidèlement traduit ce passage: mando ut...tibiae tuae egregie disponas. Selon la traduction dans A Source Book of Mediaeval History de Frederic Austin, "I charge you to do right, to watch carefully over your land, [...] ", p. 296. Comte Riant dans "Inventaire des lettres historiques des croisades", parle du manuscrit de Paris, très ancien et plus correct que celui d'Achery, au lieu de tibiae, celui de Paris donne terrae. Archives de l'Orient Latin, New York, AMS Press, 1978 (1881), p. 169.
Pour la date de production, Étienne donna le jour exact, le lendemain de Pâques, soit le 29 mars 1098. Voir Comte Riant, "Inventaire des lettres...", pp. 168-169.
Traduction prise dans J.F.A. Peyré, Histoire de la Première Croisade, Paris, Aug. Durand, 1859, vol. 2, pp. 475-479.
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Message par Arc-en-gel le Ven 25 Aoû - 17:35

Prise d'Antioche par les croisés, selon l'Anonyme

Bientôt Bohémond commença à presser son ami humblement par des demandes quotidiennes, lui promettant toute espèce d'égards et d'avantages en ces termes: " Voici venir le moment favorable où nous pourrons accomplir le bien que nous avons résolu: que mon ami Pirrus m'accorde maintenant son aide. " Celui-ci, enchanté, déclara qu'il l'aiderait comme il devait faire. La nuit suivante (1), il envoya à Bohémond son propre fils en otage, afin de lui confirmer qu'il lui livrerait l'entrée de la ville, et lui adressa ce message: " Que demain toute l'armée franque soit convoquée par lui, comme s'il s'agissait d'aller dévaster la terre des Sarrasins, qu'il dissimule et revienne rapidement par la montagne de droite (2). Et moi, observant ces troupes avec attention, je les attendrai et les recevrai dans les tours que j'ai en mon pouvoir et sous ma garde. "

[...]

Tout fut donc disposé ainsi: les chevaliers tinrent la plaine, les piétons la montagne; toute la nuit ils marchèrent et chevauchèrent jusqu'à l'aurore (3), puis ils approchèrent des tours, dont le gardien avait veillé toute la nuit. Aussitôt, Bohémond mit pied à terre et donna ses instructions à tous par ces mots: " Allez en toute sécurité et en bon accord; montez par l'échelle jusqu'à Antioche, que nous aurons bientôt, s'il plaît à Dieu, sous notre garde. " Ils vinrent jusqu'à l'échelle qui était dressée et fortement liée aux murs de la cité; environ soixante hommes des nôtres l'escaladèrent et furent répartis entre les tours dont il avait la garde. Pirrus, voyant que si peu des nôtres étaient montés, commença à craindre, redoutant pour lui et les nôtres de tomber entre les mains des Turcs. " Nous avons peu de Francs ", s'écria-t-il. " Où est donc cet ardent Bohémond? Où est cet invincible? " Au même moment un sergent longobard redescendit et, courant précipitamment à Bohémond, lui dit: " Que fais-tu là, homme prudent? Pourquoi es-tu venu ici? Voici que nous tenons déjà trois tours! " Excité par ces mots, il rejoignit les autres, et tous parvinrent joyeusement à l'échelle.

À cette vue, ceux qui étaient déjà dans les tours se mirent à crier d'une voix joyeuse: " Dieu le veut! " Nous-mêmes poussions le même cri. Alors commença l'escalade merveilleuse; ils atteignirent enfin le faîte et coururent à la hâte aux autres tours; ils massacraient tous ceux qu'ils y trouvaient, et le frère de Pirrus périt ainsi. Puis l'échelle par laquelle avait lieu notre escalade se rompit, ce qui nous plongea dans une grande angoisse et dans la tristesse. Cependant, bien que l'échelle fût rompue, il y avait à notre gauche une porte fermée, ignorée de quelques-uns. Il faisait encore nuit, mais, en tâtonnant et en cherchant, nous finîmes par la trouver: tous nous y courûmes et, après l'avoir brisée, nous entrâmes grâce à elle.

À ce moment, une immense clameur résonnait dans toute la ville. Bohémond ne perdit pas de temps, mais il ordonna que sa glorieuse bannière fût arborée sur une éminence en face du château (4). Au point du jour, ceux qui étaient encore dans leurs tentes entendirent la rumeur immense qui retentissait dans la ville. Étant sortis à la hâte, ils virent flotter la bannière de Bohémond sur une hauteur; aussitôt entraînés par une course rapide, ils pénétrèrent dans la ville à travers les portes et massacrèrent les Turcs et les Sarrasins qu'ils rencontrèrent, à l'exception de ceux qui parvinrent à fuir dans la citadelle du haut: d'autres Turcs sortirent par les portes et durent leur salut à la fuite.

Cassian (5), leur seigneur, se mit aussi à fuir avec beaucoup d'autres qui étaient à sa suite et, en fuyant, il parvint dans la terre de Tancrède (6), non loin de la cité. Comme leurs chevaux étaient fatigués, ils pénétrèrent dans un casal (7) et se réfugièrent dans une maison. Mais ils furent reconnus par les habitants, des Syriens et des Arméniens, qui saisirent aussitôt Cassian et lui coupèrent la tête, qu'ils portèrent à Bohémond, afin d'obtenir leur liberté. Le ceinturon et le fourreau de son cimeterre furent vendus soixante besants.

Ces événements eurent lieu le troisième jour de juin, cinquième férie, trois jours avant les nones de juin. Toutes les places de la ville étaient encombrées de cadavres, au point que nul ne pouvait y séjourner à cause de la puanteur. On ne pouvait circuler dans les rues qu'en marchant sur les cadavres des morts.


(1) La dernière nuit qui précède la reddition d'Antioche, nuit du 2 au 3 juin.
(2) La terre des Sarrasins était située à l'est et au sud; la montagne à droite (par rapport au camp des croisés) était, au contraire, à l'ouest, où se trouvaient les tours de Firouz.
(3) Au méridien d'Antioche, le 3 juin, le soleil se lève à quatre heures et demie; ce fut donc vers quatre heures que commença l'escalade.
(4) Il s'agit de la citadelle d'Antioche, située au point le plus élevé de l'enceinte, sur les pentes du mont Cassius. Les croisés ne purent s'en emparer.
(5) Cassian, transcription de Iagi-Sian, Jaghi-Seian, Yâgi-Sian. Émir d'Antioche et beau-père de Roudwân, prince d'Alep.
(6) La "terre de Tancrède" désigne certainement la région située à l'ouest de l'enceinte gardée par Tancrède et non les villes acquises par Tancrède en Cilicie.
(7). Le " casal " est un village habité par des tenanciers et entouré de terres.
Traduction prise dans Anonyme édité et traduit par Louis Bréhier, Histoire anonyme de la première croisade, Paris, Éditions " Les Belles Lettres ", 1964 (1924), pp. 103-111.
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Message par Arc-en-gel le Ven 25 Aoû - 17:36

Prise d'Antioche selon Ibn al-Athir

Quand le seigneur d'Antioche, Yaghi Siyân apprit leur approche il redouta un mouvement des chrétiens qui demeuraient dans la ville. Il ne fit donc sortir, pour creuser les tranchées que la population musulmane; le lendemain, pour le même travail, il n'envoya que les chrétiens. Il les fit travailler jusqu'au soir, mais quand ils voulurent rentrer dans la ville, il les en empêcha en disant: " Antioche est à vous, mais vous devez me la laisser tant que je n'aurai pas vu comment s'arrangent nos affaires avec les Francs. " Ils lui dirent: " Qui protégera nos enfants et nos femmes? " Il répondit: " Je m'en occuperai à votre place " et eux durent se résigner à rester dans le camp des Francs qui assiégèrent la ville pendant neuf mois. Yaghi Siyân manifesta un courage, une habileté, une fermeté et une prudence incomparables. La majeure partie des Francs périt. S'ils étaient restés aussi nombreux qu'à leur arrivée, ils auraient occupé tous les pays d'Islam. Yaghi Siyân protégea les familles des chrétiens qu'il avait expulsés d'Antioche et ne permit pas qu'on touchât à un cheveu de leur tête. Après s'être attardés longtemps sous les murs d'Antioche, les Francs se mirent en rapport avec un fabricant de cuirasses nommé Ruzbih [le nom peut aussi se lire " Firûz "] qui était employé à la défense des tours, et lui promirent beaucoup d'argent et de terres. La tour qu'il devait défendre était contiguë au lit du fleuve et dominait une fenêtre qui s'ouvrait sur la vallée. Quand l'accord fut réglé entre les Francs et ce maudit fabricant de cuirasses, ils vinrent à cette fenêtre, l'ouvrirent, entrèrent et firent monter une grande troupe de gens à l'aide de cordes. Quand ils furent plus de cinq cents, ils se mirent à sonner de la trompette à l'aube, alors que les défenseurs étaient épuisés par la longue veille et par la garde. Yaghi Siyân s'éveilla et demanda ce qui se passait: on lui répondit que le son des trompettes venait de la forteresse, qui certainement avait été prise, alors qu'en réalité il provenait non de la forteresse, mais de la tour. Saisi de panique, il ouvrit la porte de la ville et s'enfuit follement avec une escorte de trente pages.

Son lieutenant, qui arrivait, demanda où il était passé; on lui dit qu'il s'était enfui, et lui-même s'enfuit à son tour par une autre porte, ce qui aida grandement les Francs, car s'il avait tenu bon une heure de plus, ils auraient été anéantis.

Puis les Francs entrèrent par la porte dans la ville et la mirent à sac; ils exterminèrent tous les musulmans qui s'y trouvaient: cela se passa dans les mois de jumada I [491/ avril-mai 1098; selon les sources occidentales, le 3 juin]. Quant à Yaghi Siyân, il reprit le contrôle de lui-même au lever du jour et s'aperçut qu'il avait parcouru dans sa fuite plusieurs farsakh [une farsakh ou parasange, équivaut à environ six kilomètres]. Il demanda à ses compagnons où il était; on lui répondit: " à quatre farsakh d'Antioche ", et il se repentit de s'être mis l'abri au lieu d'avoir combattu pour chasser l'ennemi de sa ville ou pour mourir. Il se mit à pleurer d'avoir abandonné sa famille, ses fils et les musulmans, et de douleur, tomba de cheval sans connaissance. Ses compagnons voulaient le remettre en selle, mais il ne tenait plus debout, et était déjà presque mort; ils le laissèrent donc et s'éloignèrent. Un bûcheron arménien qui vint à passer, alors qu'il allait rendre le dernier soupir, lui coupa la tête et la porta aux Francs d'Antioche. Ceux-ci avaient écrit aux seigneurs d'Alep et de Damas pour leur dire qu'ils ne convoitaient pas d'autres terres que celles qui avaient appartenu autrefois aux Byzantins, cela par tromperie et perfidie, afin que les autres ne se portent pas au secours du seigneur d'Antioche.

Traduction prise dans Francesco Gabrieli, Chroniques arabes des Croisades, Paris, Sindbad, coll. "La Bibliothèque Arabe", 1977, pp. 28-29.
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Re: différence de points de vue, croisades

Message par Arc-en-gel le Ven 25 Aoû - 17:36

La prise d'Antioche par les Francs selon Hovannès, moine arménien

Cette année le Seigneur visita son peuple, comme il est écrit: "Je ne vous abandonnerai ni vous quitterai ". Le bras tout-puissant de Dieu devint leur guide. Ils apportèrent le signe de la Croix du Christ, et l'ayant élevé en mer, massacrèrent une multitude d'infidèles, et mirent les autres en fuite sur terre. Ils prirent la ville de Nicée, qu'ils avaient assiégée cinq mois. Puis ils vinrent dans notre pays, dans les régions de Cilicie et de Syrie, et investirent en se répandant autour d'elle la métropole d'Antioche. Pendant neuf mois ils infligèrent à eux-mêmes et aux régions voisines de considérables épreuves. Enfin, comme la capture d'un lieu aussi fortifié n'était pas au pouvoir des hommes, Dieu puissant par ses conseils procura le salut et ouvrit la porte de la miséricorde. Ils prirent la ville et avec le tranchant du glaive tuèrent l'arrogant dragon avec ses troupes. Et après un ou deux jours, une immense multitude fut rassemblée qui apporta secours à ses congénères; par suite de leur grand nombre, méprisant le petit nombre des autres, ils étaient insolents à l'instar du pharaon, lançant cette phrase: " Je les tuerai par mon glaive, ma main les dominera ". Pendant quinze jours, réduits à la plus grande angoisse ils étaient écrasés d'affliction, parce que manquaient les aliments nécessaires à la vie des hommes et des juments. Et gravement affaiblis et effrayés par la multitude des infidèles, ils se rassemblèrent dans la grande basilique de l'apôtre Saint Pierre, et avec une puissante clameur et une pluie abondante de larmes se produisait une même flagitation de voix. Ils demandaient à peu près ceci: " Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, en qui nous espérons et par le nom duquel en cette ville nous sommes appelés chrétiens, tu nous as amenés en ce lieu. Si nous avons péché contre toi, tu as beaucoup de moyens de nous punir; veuille ne pas nous livrer aux infidèles, afin qu'élevés d'orgueil ils ne disent pas: " Où est leur Dieu? " " Et frappés par la grâce de la prière ils s'encourageaient les uns les autres, disant : " Le Seigneur donnera la force à son peuple; le Seigneur bénira son peuple dans la paix. " Et chacun d'eux s'élançant sur son cheval ils coururent sus aux menaçants ennemis; ils les dispersèrent, les mirent en fuite et les massacrèrent jusqu'au coucher du soleil. Cela fut une grande joie pour les Chrétiens, et il y eut abondance de blé et d'orge, comme au temps d'Elysée aux portes de la Samarie. C'est pourquoi ils s'appliquèrent à eux-mêmes le cantique prophétique: " Je Te glorifie, Seigneur, parce que Tu T'es chargé de moi, et Tu n'as pas à cause de moi donné la joie à mon ennemi. "


Hovannès (Jean) était un moine arménien, il écrit l'unique récit conservé d'un témoin oculaire indigène de la prise d'Antioche. Il écrivit ce récit à la fin d'un manuscrit copié par lui au monastère de Saint-Barlaam, dans la ville haute d'Antioche, pendant le siège de 1097-1098. Nous pouvons remarquer que l'auteur ne mentionne pas la découverte de la Sainte Lance.


Traduction du latin de la traduction faite sur le texte arménien par le Père Peeters, Miscellanea historica Alberti de Meyer, Louvain, 1946 dans Claude Cahen, Orient et Occident au temps des croisades, S.l, Éditions Aubier Montaigne, 1983, pp.221-222.
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Re: différence de points de vue, croisades

Message par Arc-en-gel le Ven 25 Aoû - 17:36

Siège et prise d'Antioche selon Anne Comnène


Qu'en résulta-t-il? Les Latins avec l'armée romaine arrivèrent à Antioche par ce qu'on appelle la "route rapide"(1), sans s'occuper du pays qui s'étendait de part et d'autre; ils firent une tranchée près des remparts, y déposèrent leurs bagages, et se mirent à assiéger cette ville durant trois périodes lunaires. Les Turcs, épouvantés du sort qui les attendait, s'adressèrent au sultan du Chorassan et le supplièrent d'envoyer à leur secours assez de troupes pour renforcer les défenseurs d'Antioche et repousser les assiégeants latins.

Il y avait alors sur une tour un Arménien qui gardait le secteur de rempart dévolu à Bohémond. Comme il se penchait souvent, Bohémond l'amadoua; il le séduisit par de nombreuses promesses et le persuada de lui livrer la ville. "Quand tu voudras, lui dit l'Arménien, aussitôt que du dehors tu m'auras fait un signal, je te livrerai cette tour; seulement, soyez prêts, toi et tous les guerriers sous tes ordres, avec des échelles à votre disposition. Il ne suffit pas que toi seul sois prêt, mais il faut encore que toute l'armée se trouve sous les armes, pour que les Turcs épouvantés prennent immédiatement la fuite dès qu'ils vous auront vus monter et qu'ils auront entendu vos cris de guerre."

Bohémond gardait donc pour lui l'idée qu'il venait d'avoir. Or, tandis que ces projets se mûrissaient ainsi, un individu survint disant qu'une immense multitude d'Agarènes (2) était près d'arriver pour les attaquer sous le commandement du dénommé Kourpagan (3), chef du Chorassan. À cette nouvelle, Bohémond qui ne voulait pas remettre Antioche à Tatikios conformément aux serments précédemment faits au basileus, mais qui la convoitait pour lui, conçut un dessein perfide pour forcer Tatikios à s'éloigner malgré lui. Il alla donc le trouver en disant: " Je veux te révéler un secret: il y va de ton salut. Une nouvelle est arrivée aux oreilles des comtes, qui a bouleversé leurs âmes: ce serait le basileus qui aurait décidé le sultan à envoyer contre nous les hommes qui viennent du Chorassan. Les comtes en sont convaincus et ils complotent contre ta vie. Quant à moi, j'ai fait mon devoir en te prévenant du danger qui te menace; à toi désormais de pourvoir à ton salut comme à celui des troupes placées sous tes ordres. " Tatikios, considérant que la famine était grande (la tête de boeuf en effet se vendait jusqu'à trois statères d'or), et désespérant aussi de prendre Antioche, s'en alla donc; il s'embarqua sur les vaisseaux romains qui mouillaient dans le port de Soudi (4) et gagna Chypre.

Après son départ, Bohémond, qui gardait toujours secrète la promesse de l'Arménien et qui se nourrissait de belles espérances en se réservant pour lui-même la seigneurie d'Antioche, s'adressa aux comtes: "Vous voyez depuis combien de temps déjà nous avons peiné ici sans avoir obtenu le moindre avantage jusqu'à présent; nous sommes au contraire tout près de mourir de faim pour rien, à moins que ne se trouve un moyen d'opérer notre salut." Comme les autres demandaient quel il pourrait bien être, il répondit: "Toutes les victoires, Dieu ne les accorde pas aux chefs par les armes, et ce n'est pas toujours en combattant que de tels succès s'obtiennent; mais ce que la mêlée ne procure pas, souvent la parole l'obtient, et grâce à des manoeuvres empreintes d'amitié et de confiance, de plus grands trophées ont été dressés. C'est pourquoi ne gaspillons pas en vain notre temps, mais plutôt hâtons-nous avant l'arrivée de Kourpagan d'accomplir un acte intelligent et courageux pour réaliser notre salut; que chacun de nous s'ingénie à gagner le barbare qui lui est opposé dans son secteur. Et si vous voulez, mettons que la récompense du premier qui aura réussi cette affaire, sera d'être le gouverneur de cette ville, jusqu'à ce que vienne celui qui doit la recevoir de nous au nom de l'autocrator. Peut-être d'ailleurs, en agissant de la sorte, n'obtiendrons-nous même pas un résultat appréciable. "

Ainsi parla l'habile Bohémond, passionné du pouvoir, non pas tant dans l'intérêt des Latins et du bien général, que par l'ambition personnelle; ses calculs, ses paroles, ses ruses, ne manquèrent pas leur but comme on va le montrer plus bas. Tous les comtes approuvèrent donc sa proposition et se mirent à l'oeuvre. Au lever du jour, Bohémond se rendit aussitôt à la tour, et l'Arménien, conformément à leurs conventions, lui ouvrit les portes. Bohémond sur le champ bondit au sommet, plus vite qu'on ne peut le dire, avec ceux qui le suivent, et assiégés et assaillants le voient aux créneaux de la tour commander aux trompettes de sonner le signal du combat. On put assister alors à un spectacle étrange: les Turcs, pris de panique, s'enfuirent aussitôt par la porte opposée, et il ne resta des leurs qu'un petit nombre de guerriers courageux pour défendre la citadelle; les Celtes montèrent du dehors par des échelles sur les pas de Bohémond et occupèrent tout de suite la ville d'Antioche. Tancrède avec un détachement de Celtes s'élança immédiatement à la poursuite des fuyards, parmi lesquels il y eut beaucoup de tués et de blessés.


(1) La vallée de l'Oronte.
(2) Les Turcs parce que les Musulmans sont fils d'Agar selon la Bible.
(3) Kerbogha, émir de Mossoul; ce chef avait toute la confiance du sultan seldjoucide de Perse, Barkyàrok. Il fut retardé dans sa marche sur Antioche par le siège d'Édesse, qu'il dut quitter sans l'avoir prise au bout de trois semaines. Cette faute coûta Antioche aux Turcs.
(4) Saint-Siméon, le port d'Antioche, à l'embouchure de l'Oronte.
Traduction prise dans Anne Comnène, trad. par Bernard Leib, Anne Comnène, Alexiade, Paris, Les Belles Lettres, 1945, livre XI, pp. 19-22.
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Re: différence de points de vue, croisades

Message par tgf le Ven 25 Aoû - 20:39

tu fais chier oli, c'est trop long !!!!!!
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Re: différence de points de vue, croisades

Message par Tanska le Dim 27 Aoû - 4:35

non mais le gars fait des copier coller d'encyclopedies... ata un peu tu vas voir
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Re: différence de points de vue, croisades

Message par Arc-en-gel le Dim 27 Aoû - 15:19

ben z'êtes pas obligé de lire.
que si ça vous intéresse, hors ça ne vous intéresse pas, je sais bien, donc laissez tomber.
moi, ça me permet de les avoir sous le coude et de pas les rechercher à nouveau si j'en ai besoin.
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Re: différence de points de vue, croisades

Message par Tsilfa le Lun 28 Aoû - 6:00

Copie colle dans ton document word, copie sur ta clef usb, ca prend 0.001% de la place dispo dessus, et garde la clef usb dans ton slip car sous le coude c'est pas tres pratique. Razz

moi aussi je t'aime!

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Re: différence de points de vue, croisades

Message par Arc-en-gel le Lun 28 Aoû - 9:49

Tsilfa a écrit:Copie colle dans ton document word, copie sur ta clef usb, ca prend 0.001% de la place dispo dessus, et garde la clef usb dans ton slip car sous le coude c'est pas tres pratique. Razz

moi aussi je t'aime!
ben non, je préfère mettre ça là, et si ça vous dérange, ben z'avez qu'à pas le lire plutôt de pourrir ce thread inutilement.
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Re: différence de points de vue, croisades

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