Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

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Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

Message par Arc-en-gel le Mar 31 Jan - 11:01

Rapport de la Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

La Cour des Comptes rendra publicdemain un rapport sur les coûts du nucléaire qui fera date.

1) Il fera date car il met enpièce le mythe du nucléaire bon marché. D'ores et déjà, les chiffres accumuléspar la Cour sont sans appel : depuis des décennies, on a menti sur le coût réeldu nucléaire. Celui-ci se trouve au minimum (et malgré les inconnues rappeléesci-dessous) à 20% plus cher que les évaluations précédentes. Et cela même si,de l’aveu même de la Cour, les coûts pharamineux de la recherchenucléaire n’ont pas été intégrés dans ce surcoût.

2) Il fera date car il confirme lecoût faramineux du nucléaire futur. Même si les chiffres du nucléaire passé ontété sous-évalués, il est clair aujourd’hui que le nucléaire a mangé sonpain blanc. Dorénavant, qu'on choisisse de prolonger la durée de vie desréacteurs existants (en les sécurisant suite à Fukushima et en tentant de lesfaire tenir 10 à 20 ans de plus), ou qu’on choisisse de construire desEPR pour les remplacer, le coût du kWh produit sera près de deux fois plusélevés que le prix artificiel actuel.

3) Mais ce rapport fera aussidate en démontrant que sur de nombreux sujets cruciaux, même la Cour desComptes ne sait pas chiffrer le coût réel du nucléaire. Qu'on en juge : qu'ils'agisse du coût des travaux de sécurité post-Fukushima (dont il faut rappelerqu’ils n’intègrent même pas la sécurité anti agression terroriste),du coût du démantèlement, du coût de la gestion des déchets, du coût del'assurance en cas d'accident majeur en France... la Cour des Comptes reconnaîtson incapacité à chiffrer et est obligée de s'en tenir à des hypothèses vagues.

Les représentants du lobbytenteront sans doute de minimiser l'impact de ce rapport. Mais, qu’ils leveuillent ou non, ce que dit ce rapport c'est qu'en matière d’industrienucléaire, on avance à l'aveugle. Cette énergie soit-disant hyperprofessionnelle, à la pointe de la technologie et de la science, est pilotéetotalement à vue.

L'abîme est d'autant plusvertigineux si on compare d’un côté ce constat de carence en matièrenucléaire, et de l’autre les exigences posées par les mêmes décideursquand on évoque les alternatives au nucléaire, qu'il s'agisse des renouvelableset de l'efficacité énergétique.

La charge de la preuve doitdorénavant être inversée : ce n’est plus le seul chiffrage de la sortiedu nucléaire qu’il faut établir, mais plus encore le coût d’unepoursuite éventuelle du nucléaire. A quand un rapport sur les scénarios d'avenirdes pro-nucléaires, qui aurait le même niveau d'exigence de transparence et deréalisme que, par exemple, le scénario Négawatt ?

Le rapport de la Cour desComptes marque une étape. Il montre aussi le chemin qui reste à parcourir pourque toute la transparence soit faite sur les vrais coûts du nucléaire. Il esten tout état de cause un outil majeur pour aider à ce qu’enfin la Franceprenne le virage énergétique et industriel pris par nombre d’autres pays,et que nous risquons bien de manquer. C’est pourtant là que se situentles principaux gisements d’emplois d’aujourd’hui et dedemain.

Denis Baupin
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Re: Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

Message par Tsilfa le Mar 31 Jan - 13:27

pas mal.

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Re: Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

Message par tgf le Mar 31 Jan - 15:05

Certaines choses me titillent dans la demonstration (et on peut les remarquer meme sans etre pro ou anti nucleaire)...

- il y a une demonstration basée sur le cout des deux EPR en cours de construction pour demontrer que le cout de l'energie nucleaire est forcement très elevé => Si le postulat de base est juste (cout actuel d'un EPR elevé donc energie issue de cet EPR elevée), le constat final est hasardeux. En effet, si on construit une serie d'EPR, les derniers ne couteront plus grand chose. C'est un peu le principe des "tetes de serie" dans la production. Ca a été demontré un bon paquet de fois (et notament dans la construction de centrales thermiques)

- j'adore la logique du "les couts explosent donc: Cette énergie soit-disant hyperprofessionnelle, à la pointe de la technologie et de la science, est pilotée totalement à vue.".
C'est une insulte à l'intelligence du lecteur. C'est comme affirmer que tous les projets dont les couts explosent ne sont pas maitrisés techniquement. Ca va faire plaisir à la NASA, à ARIANE ESPACE, à la recherche contre le cancers, à EADS, aux fabricants de satelllites, d'automobiles, de machines outils, de BTP...


Pour le reste, c'est du classique. Manque de bol, ça ne dit pas comment on quitte le nucleaire sans passer à du thermique. Wink
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Re: Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

Message par tgf le Mar 31 Jan - 15:21

hop, pour plus d'info, voici un interview par "le monde" de Didier Migaud, de la cours des comptes:



Le rapport de la Cour des comptes sur "les coûts de la filière électronucléaire", commandé par le gouvernement en mai 2011, a été publié mardi 31 janvier. Dans un entretien au Monde, son premier président, Didier Migaud, explique que les magistrats n'ont relevé aucun coût caché, mais que de "nombreuses incertitudes" demeurent sur le démantèlement, la gestion des déchets et la prolongation de la durée de vie des 58 réacteurs d'EDF.
Quel est le principal enseignement de votre rapport ?


Le rapport de la Cour rassemble l'essentiel des données disponibles sur les éléments constituant les coûts passés, présents et futurs de la production d'électricité nucléaire en France. J'ajoute que si ce rapport a pu être réalisé dans un temps très court (huit mois), alors qu'il s'agit d'un travail exhaustif et innovant sur les coûts de la filière, c'est parce que la Cour a su se mobiliser, et que tous les acteurs concernés ont "joué le jeu".

Il conclut que tous les coûts futurs sont bien identifiés par les exploitants, mais qu'ils ne sont pas évalués avec un égal degré de précision. De nombreuses incertitudes pèsent, par nature, sur ces estimations et les risques d'augmentation de ces charges futures sont probables. Mais plus que les paramètres de démantèlement ou de stockage ultime, la Cour montre que c'est la durée de fonctionnement des centrales actuelles qui est une donnée majeure, dont l'effet sur le coût de la filière est le plus important.

De lourds investissements sont donc à prévoir ?

Quels que soient les choix retenus, oui, des investissements importants sont à prévoir pour maintenir la production actuelle, représentant a minima un doublement du rythme actuel d'investissements de maintenance. Ce qui fera augmenter le coût moyen de production de l'ordre de 10 %. La Cour souhaite que les choix d'investissements futurs ne soient pas effectués de manière implicite, mais qu'une stratégie énergétique soit formulée et adoptée par le gouvernement, de manière explicite, publique et transparente.

D'ici à la fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans de fonctionnement. Dans l'hypothèse d'une durée de vie de quarante ans et d'un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel [74 % de la production d'électricité], il faudrait donc un effort considérable d'investissement à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. Cela signifie qu'à travers l'absence de décision d'investissement, une décision implicite a été prise qui nous engage déjà: prolonger nos centrales au-delà de quarante ans, ou faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d'autres sources d'énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires.

Y a-t-il des "coûts cachés", comme l'affirment les mouvements antinucléaires ?

La Cour a vérifié que les charges futures (démantèlement, gestion des combustibles usés et des déchets) sont bien intégrées dans les comptes des exploitants et dans les calculs de coûts. Mais, comme le montant de ces charges n'est pas connu avec certitude, elle a aussi vérifié les conséquences d'une éventuelle sous-estimation de ces coûts : les tests montrent une faible sensibilité du coût global de production de l'électricité nucléaire à l'évolution, même importante, de ces charges.

Enfin, j'insiste sur les éléments qui doivent être pris en compte dans l'analyse de la politique énergétique et la comparaison entre les différentes formes d'énergie. Il peut s'agir d'effets a priori positifs, comme la contribution à l'indépendance énergétique ou les moindres émissions de gaz à effet de serre; ou négatifs, comme l'impact de l'électricité nucléaire sur la santé et le réchauffement des rivières.

Comment expliquer qu'il y ait autant d'incertitudes sur le coût du démantèlement des installations nucléaires ?

Les charges futures sont incertaines "par nature". Les dépenses de démantèlement, c'est-à-dire les dépenses de fin de vie des centrales, sont estimées à 18,4 milliards (valeur 2010) en charges brutes, pour le démantèlement des 58 réacteurs, mais la Cour n'est pas en mesure de valider ce montant en l'absence d'études approfondies. Il n'y a pas d'expériences de démantèlement d'un parc cohérent comme le parc français. Les chiffrages d'EDF sont au bas de la fourchette des comparaisons internationales, qui doivent être prises avec prudence.

En est-il de même pour la gestion des déchets radioactifs ?

Le coût de leur gestion à long terme est estimé à 28,4milliards d'euros. L'estimation est fragile, car le projet envisagé pour l'enfouissement en grande profondeur des déchets à vie longue n'est pas définitif. Le devis établi en 2005 par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a été revu en 2009 et a quasi doublé [à plus de 30 milliards d'euros]. Dans ce domaine, il n'y a aucune référence internationale possible.

Doit-on faire évaluer ces coûts par des experts indépendants ?

La Cour recommande que son rapport, que je considère comme une "base de données" des coûts du nucléaire, soit régulièrement actualisé, de manière transparente et en toute indépendance.

Les coûts de maintenance et les surcoûts de sûreté post-Fukushima vont-ils entraîner une forte hausse des prix de l'électricité ?

Le rythme annuel des investissements de maintenance d'EDF, y compris la prise en compte des prescriptions post-Fukushima de l'Autorité de sûreté nucléaire telles qu'on les connaît, devrait doubler dans les quinze ans qui viennent, ce qui représente une augmentation de l'ordre de 10% du coût moyen de production. Mais ce coût ne représente que 40 % du prix payé par le consommateur. D'autres composantes (investissements sur les réseaux, taxes) ont un effet sur le prix.

Les dépenses de recherche pourront-elles continuer à ce rythme ?

Ces 55milliards d'euros calculés, pour la première fois, par la Cour, ne mesurent que les dépenses de recherche nucléaire civile depuis 1957, soit environ un milliard par an. Sur l'ensemble de la période, elles ont été financées à 70 % par des crédits publics, mais cette part diminue. Plus de la moitié de ces dépenses de recherche est financée par les exploitants. La charge en 2010 pour les fonds publics était de 414 millions.

Jugez-vous suffisantes les garanties de responsabilité civile plafonnées à 92 millions par centrale pour EDF ?

La Cour recommande que l'on applique le plus rapidement possible les protocoles d'amendements aux conventions internationales qui relèvent ce plafond à 700 millions d'euros, somme qui reste très limitée en cas d'accidents graves.

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