Et si l'électorat du FN avait voté en toute connaissance de

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Et si l'électorat du FN avait voté en toute connaissance de

Message par Arc-en-gel le Lun 7 Mai - 17:21

Et si l'électorat du FN avait voté en toute connaissance de cause ?

Le score obtenu par Marine Le Pen au premier tour du scrutin présidentiel a suscité de vives réactions. Mais pour Nicolas Sarkozy, «ces six millions et demi de Français ne sont pas séduits par les thèses de l'extrême droite». Quand à François Hollande, il affirme que «le vote FN est avant tout un colère sociale». Une psychologie de café du commerce pour notre chroniqueur associé Elie Arié qui agace .

Je fais partie de la génération qui a vu le Front national passer progressivement, aux présidentielles, de 0,75 % des voix en 1974 à 17,9 % des voix en 2012 ; et de celle qui a entendu, depuis quarante ans, à chaque nouveau palier franchi, comme dimanche dernier, le même leitmotiv si prévisible : « Ah, cette fois, l’avertissement est sérieux, il faut se pencher sur ce phénomène inquiétant. »

Je fais partie de ceux qui ont toujours entendu les cris suscités à chaque étape de cette progression, aussi mécaniquement répétitifs que politiquement stériles, de « le fascisme ne passera pas ! », sachant que le fascisme ne se caractérise pas uniquement par ses idées, mais par la capacité physique et matérielle d’imposer, par ses troupes de choc ou grâce à l’aide de l’armée, la suppression des autres partis politiques et des médias d’opposition, la liquidation physique ou l’emprisonnement arbitraire de tous ses opposants, et la fin définitive des élections libres – moyens dont le FN n’a jamais disposé et ne disposera jamais ; la banalisation de l’injure de « fachos » que tant de gens adressent à leurs adversaires a fini par vider ce terme de sa signification politique bien précise.

Je fais partie de ceux qui ont eu droit, pendant les quarante ans de cette progression électorale régulière, à des analyses pseudo-psycho-politico-sociologiques sur cet « électorat insaisissable » (en quoi l’est-il plus que les autres, alors que c’est certainement celui dont la composition a été le plus disséquée... pour conclure, comme pour tant d’autres, à sa grande hétérogénéité ?), sur ses « peurs d’un avenir impossible à cerner » (est-il le seul ?), sur « son désespoir » (est-il le seul ?), sur « son hostilité aux immigrés » (est-il le seul ?), sur sa « xénophobie et son racisme » (est-il le seul ?) , sur sa « nostalgie de la France d’autrefois » (est-il le seul ?), sur son « culte du chef » (est-il le seul, surtout depuis l’élection du président de la République au suffrage universel ?), sur son « absence de démocratie interne » (est-il le seul ?), sur son « populisme simpliste » (est-il le seul ?) et autres analyses qui, comportant toutes leur part indéniable de vérité, auraient dû depuis longtemps venir à bout de sa progression si elles étaient suffisamment exhaustives et spécifiques.

Je fais enfin partie de ceux qui ont toujours été sidérés par la façon très particulière et totalement non-politique de traiter cet électorat, faite une approche originale à laquelle il est le seul à avoir droit, mélangeant :

1) une étrange obligation « de le respecter » : on peut respecter, à titre individuel des citoyens (voire des amis personnels) dont on estime qu’ils se trompent politiquement, mais on ne voit pas pourquoi on devrait « respecter » des positions politiques qu’on ne partage pas et que l’on combat : la droite respecte-t-elle l’électorat de gauche, la gauche respecte-t-elle l’électorat de droite – et même, à gauche, les électorats socialistes (les « sociaux-traîtres ») et communistes (les « staliniens ») se sont-ils toujours « respectés » ? Compte tenu de mes opinions, je ne vois aucune raison de respecter l’électorat du Front national ;

2) et une compassion infantilisante de psychologie de café du commerce sur sa « douleur », sa « perte de repères », son « incapacité à comprendre le monde », approche inédite en politique que l’on s’imagine mal appliquer (selon ses idées) aux électeurs d’un Jean-Luc Mélenchon ou à ceux d’un Alain Madelin.

Alors peut-être serait-il temps de voir le FN pour ce qu’il est aujourd’hui et sera demain ?

Sans en refaire ici l’historique, le FN est né de la capacité de Jean-Marie Le Pen à regrouper toutes les extrêmes-droites jusque là dispersées, y compris les plus incompatibles entre elles : les catholiques traditionalistes et les « païens », les monarchistes et les anti-monarchistes, les antisémites et les pro-sionistes, etc. ; une part importante en était constituée, à l’époque, par les nostalgiques du régime de Vichy et de la collaboration, tous ceux pour lesquels l’Histoire s’était arrêtée à la « divine surprise » de la défaite de 1940, dont Jean-Marie Le Pen lui-même, et le FN conservera sans doute toujours ce marqueur génétique constitué par les jeux de mots d’Almanach Vermot (« Duraffour-crématoire »), les sketches désopilants de Dieudonné, une vision racialiste et ethnique des Nations, et d’autres transgressions infantiles comme les citations de Brasillach que les amateurs de poésie du monde entier nous envient.

Mais, à mesure que le temps passe, il emportera avec lui ces vestiges du passé ; et ce « meurtre du père » qu’est la dédiabolisation entreprise par Marine Le Pen n’est qu’une mise à jour qui se serait produite tôt ou tard de toutes façons, et qui sera illustrée par le jour, inévitable, où l’on trouvera des Français juifs ou membres des « minorités visibles » dans ses organes de direction.

Et le FN apparaîtra alors pour ce qu’il est aujourd’hui : la composante la plus idéologiquement réactionnaire de la droite française, que rien ne différencie plus de la « Droite populaire » de l’ UMP, un équivalent des autres partis populistes qui émergent dans toute l’Europe ou des Tea Parties du Parti républicain des Etats-Unis, intégré comme eux dans un grand parti de droite où il devra composer avec ses courants plus progressistes : et c’est en tant que tel qu’il devra être combattu sans concessions par ses adversaires idéologiques, aussi bien lorsqu’il sera au pouvoir que dans l’opposition, et par des méthodes exclusivement politiques et électorales classiques, en abandonnant ces approches psychanalytiques condescendantes et compassionnelles qui n’ont pas leur place en politique et qui ont largement fait la preuve de leur inefficacité.

http://www.marianne2.fr/Et-si-l-electorat-du-FN-avait-vote-en-toute-connaissance-de-cause_a217269.html?com#comments
avatar
Arc-en-gel
Black Beamish
Black Beamish

Nombre de messages : 6595
Age : 35
Localisation : avignon
Réputation : 11
Points : 3005
Date d'inscription : 01/03/2006

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum