« Le temps ne s’accélère pas mais l’impatience grandit »

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« Le temps ne s’accélère pas mais l’impatience grandit »

Message par Arc-en-gel le Mer 21 Nov - 11:14

« Le temps ne s’accélère pas mais l’impatience grandit » (Yves Lasfargue)


Mails, Internet, SMS, smartphone, twitter… Le « cadrus interruptus » est submergé d’informations qu’il ne sait ni où ni comment traiter. Plutôt que d’alléger ses tâches, les NTIC les compliquent, voire les ralentissent. Tout en créant de nouveaux rapports au travail. Un enjeu sociétal majeur qu’Yves Lasfargue, chercheur et directeur de l'Obergo (Observatoire des conditions de travail et de l'ERGOstressie), analyse.

En quoi les moyens modernes de communication accentuent-ils la course du cadre après le temps ?

Internet et les téléphones mobiles véhiculent un volume monstrueux d’informations. Avec les informations « push », qui se déversent sur les boîtes mails, l’émetteur pousse littéralement l’information dans la poche du destinataire. Ce qui n’existait pas il y a quinze ans. Avant on recevait les lettres, en général ciblées, et on les triait au moment choisi. Là, on ne sait s’il faut traiter les courriels au fur et à mesure ou en bloc. Et difficile de résister à l’envie de tout lire. En moyenne, un cadre reçoit 70 mails par jour et en envoie (les infos « pull ») 30 par jour. Si l’on y rajoute les SMS, les messages audio, le papier et les gens qui vous interpellent à votre bureau, cela fait 200 messages par jour. Le « cadrus interromptus », comme je le nomme, est ainsi dérangé toutes les six minutes. Du coup, il souhaite devenir télétravailleur pour retrouver de la sérénité.


Mais les NTIC permettent de gérer un dossier plus vite quand même…

Oui, c’est bien ce qu’on nous a vendu dans les années 1990. Avec le boom des technologies, on allait gagner du temps. Résultat, on ne gagne pas sur son temps de travail, on le comble, on l’alourdit parfois. Exemple : l’ingénieur ou le technicien qui propose aujourd’hui un projet peut être amené à l’ajuster 10 à 15 fois de suite. Parce que avec l’outil informatique, c’est facile, ça va vite. On peut refaire et refaire. Alors que, autrefois, lorsque le projet était réalisé à la main, les commanditaires se contentaient d’une seconde version. Autre argument massue des années 1990 : les NTIC devaient réduire les déplacements. Or globalement, ce temps-là explose. Il croît de 18 % par an pour les cadres. Quel paradoxe ! En outre, les NTIC ne se remplacent pas les unes les autres, elles se cumulent. On n’a pas moins de coups de fil, mais plus de mails, etc. Les promesses n’ont pas été tenues, sauf sur un point, les délais de réponse. Ils se sont raccourcis au profit des clients. Mais c’est l’entreprise qui gagne ce temps-là et non l’individu à son poste. Tout comme elle gagne en productivité avec les outils ERP. Alors que cela n’allège pas le travail des salariés (lien).


Dans vos travaux, vous insistez sur la différence entre la charge ressentie et la charge réelle. Qu’entendez-vous par là ?

Pour un cadre, la notion de charge réelle est très difficile à mesurer. Dans un métier de matière grise, déclarer qu’on a 1 ou 10 dossiers à traiter dans la semaine ne signifie pas grand-chose. Tout dépend du contenu des dossiers, de leur difficulté. Dans la surcharge informationnelle dont se plaignent les salariés, il y a beaucoup de ressenti. Effectuer trente-cinq heures n’est pas effectuer 35 fois la même heure.


Comment cela ? Une heure est une heure.

Eh bien, non. Les joueurs de foot font bien le distinguo. Courir une heure sur un terrain quand on gagne en poussant le ballon devant soi c’est moins fatigant que de courir une heure sans le ballon et derrière tous les autres. En entreprise, c’est pareil. Une heure de réunion où on ne décide rien n’est pas égale à une heure d’entretien intense. Lorsqu’on dit que quelqu’un travaille soixante-douze heures, on dit en réalité qu’il est occupé professionnellement soixante-douze heures. Car dans cette durée on mélange des choux et des carottes. Depuis les trente-cinq heures, la densité du travail importe plus que la mesure du temps passé. Et dans la charge ressentie on évalue les effets physiques, psychologiques, le stress, le plaisir. Il n’y a que le monteur de voitures ou le forgeron pour lesquels une heure équivaut le plus souvent à l’heure suivante.


Une foultitude de prestations, sont pourtant calées sur le temps passé…

C’est vrai, en particulier dans le domaine pédagogique. En France, on considère que plus l’enseignement est long, meilleur il est. Et on reporte ce raisonnement sur la formation permanente. Mais il y a des gens qui se cassent les pieds en stage. Pour celui à qui ça ne plaît pas, c’est long. Et puis après deux heures de théorie, certains veulent vite mettre en pratique. Alors, pourquoi estimer que le DIF (Droit individuel à la formation) n’est pas assez long ? Les syndicats se polarisent trop sur le temps. C’est le contenu, la densité des cours, la motivation du stagiaire qui est essentiel. Observez des individus qui apprennent tout seuls à utiliser leur Smartphone, dans le train, l’avion. Ils ne comptent pas leur temps. Là, la notion de plaisir est capitale.


L’apprentissage des NTIC vous paraît-il encore nécessaire ?

Plus que jamais. L’université et l’entreprise ne forment pas correctement à l’outil numérique, les mails, la bureautique et même à l’utilisation du clavier. On considère que tout le monde sait faire, mais c’est faux. J’observe en particulier une véritable mystification sur les jeunes. Ils seraient des as des TIC. Certes, ils les utilisent avec dextérité, en sont parfois accros, mais ce sont des technologies des loisirs, des jeux vidéo, du multimédia. Savoir tuer des monstres virtuels en dix secondes, c’est bien. Mais gérer un stock de chaussettes par Internet c’est une autre paire de manches. La génération Y n’est pas à l’aise avec Word, Powerpoint ou Excel. Ce qui lui prend du temps et rajoute à la chronophagie de l’outil.


Selon vous, le temps s’accélère-t-il ?

Non, il ne s’accélère pas. En revanche, c’est l’impatience qui grandit. Mais franchement, est-ce que ça vaut le coup d’avoir une information une microseconde avant tout le monde sur Twitter ? On peut avoir intérêt à y réfléchir.


http://www.pourseformer.fr/gestion-de-carriere/gestion-du-temps/formation-continue/h/eaa83a0a48/a/le-temps-ne-saccelere-pas-mais-limpatience-grandit-yves-lasfargue.html?xtor=EPR-11-[ENT_Zapping]-20121121--101993295@220014505-20121121064751
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Re: « Le temps ne s’accélère pas mais l’impatience grandit »

Message par Tsilfa le Mer 21 Nov - 11:44

interessant.

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